Quatre principes pour un "nouvel ordre mondial"

Don Tapscott nous propose ici une vision sur le devenir de notre société basée sur 4 principes : - l'ouverture - la transparence - le partage - la prise de pouvoir Ces principes ne sont pas à inventer, mais sont entrain de se mettre en place et annonce de grande chose, si tant est que nous soyons acteur de ce changement.
Ouverture. C'est un mot qui indique des opportunités et des possibilités. Durée indéterminée, cœur ouvert, open source, politique portes ouvertes, open bar. (Rires)

Partout le monde est en train de s'ouvrir, et c'est une bonne chose.

Pourquoi cela arrive-t-il ? La révolution technologique est en train d'ouvrir le monde.

Hier Internet était une plateforme pour la présentation de contenus. L'internet d'aujourd'hui est une plateforme de calcul. Internet devient un ordinateur global géant, et chaque fois que vous y entrez, vous mettez en ligne une vidéo, vous faites une recherche sur Google, vous remixez quelque chose, vous programmez cet énorme ordinateur global que nous partageons tous. L'humanité est en train de construire une machine et cela nous permet de collaborer d'une nouvelle manière. La collaboration peut se produire sur une base astronomique.

Une nouvelle génération est également en train d'ouvrir le monde. J'ai commencé à étudier les enfants il y a 15 ans, -- en fait il y a 20 ans -- et j'ai remarqué comment mes propres enfants ont été capable d'utiliser cette technologie sophistiquée sans effort, et au début j'ai pensé « Mes enfants sont des prodiges ! » (Rires) Ensuite j'ai remarqué que tous leurs amis étaient pareils, c'était donc une mauvaise théorie. J'ai donc commencé à travailler avec une centaine d'enfants, et je suis arrivé à la conclusion que c'est la première génération qui grandit dans l'ère numérique, qui nage dans les bits. Je les appelle la Net Generation. Je le dis, ces enfants sont différents. Ils n'ont pas peur de la technologie, parce qu'ils ne la voient pas. C'est comme de l'air. C'est un peu comme moi, qui n'ai pas peur d'un réfrigérateur. Et -- (Rires)

Et il n'y a pas plus puissant, pour changer les institutions, que la première génération des natifs du numérique. Je suis un immigré numérique. J'ai dû apprendre le langage.

La crise économique globale est aussi en train d'ouvrir le monde. Nos institutions opaques de l'ère industrielle, toutes depuis les vieux modèles des entreprises, gouvernement, media, Wall Street, sont à différentes étapes de blocage ou gelés ou atrophiés ou même en faillite,et cela crée maintenant une plateforme qui brûle dans le monde. Je veux dire, pensez à Wall Street. Le modus operandi central de Wall Street a presque renversé le capitalisme global.

Vous savez ce que c’est l’idée d’une plateforme qui brûle, d’être à un endroit où les coûts pour rester où vous êtes deviennent plus élevés que les coûts pour passer à quelque chose de différent, peut-être même quelque chose de radicalement différent. Et nous devons changer et ouvrir toutes nos institutions.

Cette impulsion technologique, ce coup de pied démographique d’une nouvelle génération et une demande venant d'un nouvel environnement économique global entraîne le monde à s'ouvrir.

Je pense qu’en fait, nous sommes à un tournant de l’histoire de l’humanité, où nous pouvons finalement reconstruire beaucoup des institutions de l’ère industrielle autours d’une nouvelle série de principes.

Qu'est-ce que l'ouverture ? On s’aperçoit que l'ouverture a plusieurs significations, et pour chacune il y a un principe correspondant pour la transformation de la civilisation. Le premier est la collaboration. C'est l'ouverture dans le sens de limites des organisations qui deviennent plus poreuses et fluides et ouvertes.

Le type qui est sur cette photo ici, je vais vous raconter son histoire. Il s'appelle Rob McEwen. J'aimerais dire, « J'ai ce panel d'experts, qui parcoure le monde à la recherche de cas époustouflants à étudier. » La raison pour laquelle je connais cette histoire est que c'est mon voisin. (Rires) Il s'est installé de l'autre côté de la rue, et il a organisé un cocktailpour rencontrer ses voisins, et il me dit, « Vous êtes Don Tapscott. J'ai lu quelques uns de vos livres. » Je réponds, « Super. Qu'est-ce que tu fais dans la vie ? » Il me dit, « J'étais banquier et maintenant je suis chercheur d'or. » Et il me raconte son histoire extraordinaire.Il reprend cette mine d'or et ses géologues n'arrive pas à lui dire où se trouve l'or. Il leur donne plus d'argent pour obtenir des données géologiques, ils reviennent, il n'arrive pas à lui dire où faire partir la production. Quelques années plus tard, il est tellement frustré qu'il est prêt à tout abandonner, mais un jour il a une révélation. Il se demande, « Si mes géologues ne savent pas où est l'or, peut-être quelqu'un d'autre le sait. » Il fait donc quelque chose de « radical ». Il prend ses données géographiques, il les publie et il organise un concours sur internet appelé Godcorp Challenge. Il offre un prix d'un demi-million de dollars pour quiconque qui sera capable de lui dire s’il a de l'or et où il se trouve. (Rires)

Il reçoit des candidatures du monde entier. Ils utilisent des techniques dont il n'a jamais entendu parler, et pour son prix d'un demi-million de dollars, Rob McEwen trouve 3,4 milliards de dollars en or. La valeur de marché de son entreprise passe de 90 millions à 10 milliards de dollars, et je vous assure, parce que je suis son voisin, c'est un sacré veinard. (Rires)

Le bon sens dit que le talent est à l'intérieur, pas vrai ? Votre atout le plus précieux prend l’ascenseur tous les soirs pour rentrer chez lui. Il voyait le talent différemment. Il s'est demandé, qui sont leurs collègues ? Il aurait dû virer son département de géologie, mais il ne l'a pas fait. Vous savez, certaines des meilleures réponses au concours n'étaient pas celles des géologues. C’était celles des informaticiens, des ingénieurs. Le gagnant a été une compagnie spécialisée en infographie qui a construit un modèle de mine en 3D où l'on peut parcourir le sous-sol en hélicoptère et voir où se trouve l'or.

Il nous a aidé à comprendre que les réseaux sociaux deviennent production sociale. Il ne s'agit pas de rencontrer des gens en ligne. C'est un nouveau système de production qui est en cours. Et cet Ideagora qu'il a créé, un marché ouvert, une agora, pour les esprits qualifiés, faisait partie du changement, un changement profond de la structure et de l'architecture de nos organisations, et de quelle manière nous orchestrons nos capacités à innover, à créer des biens et des services, pour coopérer avec le reste du monde, en termes de gouvernement, comment créer de la valeur publique. L’essence de l’ouverture c'est la collaboration.

Deuxièmement, l’ouverture c'est la transparence. C'est différent. Il s’agit de communicationd’informations pertinentes aux parties prenantes des organisations : employés, clients, collaborateurs, actionnaires, et ainsi de suite.

Et partout, nos institutions sont mises à nues. Les gens sont dans tous leurs états à propos de Wikileaks, mais ce n'est que le sommet de l'iceberg. Les gens ont maintenant à portée de main, tout le monde pas seulement Julian Assange, ont ces instruments puissants pour découvrir ce qui se passe, examiner, informer les autres, et même organiser des réponses collectives. Les institutions sont mises à nues,

et si vous êtes nus, des corollaires s’en suivent. Premièrement, le fitness n'est plus facultatif. (Rires) Vous savez ? Si vous êtes nus, il vaut mieux être bien musclés.

Musclé veut dire qu'il faut avoir une bonne valeur, parce que la valeur est mise en évidence comme jamais auparavant. Vous dites avoir de bons produits. Il vaut mieux qu'ils soient bons. Mais il faut aussi avoir des valeurs. Il vous faut avoir une certaine intégrité qui coule dans vos veines et qui soit une partie de votre ADN en tant qu'organisation, parce qu’autrement, vous ne serez pas capable de construire la confiance, et la confiance est un sine qua none de ce nouveau monde connecté.

Donc c'est bien. Ce n'est pas mauvais. La lumière du soleil est le meilleur désinfectant. Et il nous faut pas mal de lumière du jour dans ce monde troublé.

La troisième signification et le principe correspondant de l'ouverture est lié au partage. C'est différent de la transparence. La transparence concerne la communication de l'information.Partager signifie renoncer à nos biens, à la propriété intellectuelle.

Et il y a toute sorte d'histoires célèbres sur ce sujet. IBM a fait don de 400 millions de dollars de logiciels au mouvement Linux et cela leur a rapporté des bénéfices multimilliardaires.

Le bon sens est que, « Bon, le droit à la propriété intellectuelle nous appartient, et si quelqu'un essaye d'enfreindre ce droit, nous allons sortir les avocats et nous allons les poursuivre en justice. » Ça n'a pas vraiment marché pour les maisons de disques, n'est-ce pas ? Ils ont pris -- Ils ont eu une perturbation technologique, et plutôt que de réagir avec une innovation du business model pour s'y adapter, ils ont cherché et ils ont pris des mesures légales et l'industrie qui vous a donné Elvis et les Beatles poursuit maintenant en justice des enfants et est sur le point de s'effondrer.

Il nous faut penser différemment à la propriété intellectuelle.

Je vais vous donner un exemple. L'industrie pharmaceutique est en grave difficulté.Premièrement, il n'y a pas beaucoup de grosses inventions en préparation, et c'est un gros problème pour la santé humaine, et l'industrie pharmaceutique a un problème encore plus gros, elle va faire face à une chose nommé la chute des brevets dans le domaine public.Savez-vous ce que c'est ? Ils vont perdre de 20 à 35% de leurs revenus dans les 12 prochains mois. Et qu'est-ce que vous allez faire, des économies sur les trombones ? Non.

Il faut réinventer le modèle de la recherche scientifique. L'industrie pharmaceutique doit mettre en commun ses actifs. Il faut qu'elle commence à partager la recherche précompétitive. Elle doit commencer à partager les données des essais cliniques, et en faisant ceci, elle crée une marée montante qui soulève tous les bateaux, non seulement pour l'industrie mais pour l'humanité.

La quatrième signification de l'ouverture, et le principe correspondant, c'est la prise de pouvoir. Et je ne parle pas du sens premier ici. Connaissance et intelligence sont pouvoir, et plus il se partage, il y a un partage coïncident avec une décentralisation et une désagrégation du pouvoir qui est en route aujourd'hui. Le monde ouvert est en train d'amener la liberté.

Prenez le Printemps Arabe. Le débat sur le rôle des medias sociaux et sur le changement social a été réglé. Un mot : Tunisie. Et ça c'est terminé avec toute une série d'autres mots.Mais dans la révolution tunisienne, les nouveaux media n'ont pas causer la révolution ; elle a été causée par l'injustice. Les medias sociaux n'ont pas créé la révolution ; elle a été créée par une nouvelle génération de jeunes qui voulaient du travail et de l'espoir et qui ne voulaient plus être traités comme des sujets.

Mais exactement comme Internet fait chuter les coûts des transactions et de la collaboration chez les entreprises et les gouvernements, il fait chuter aussi le coût des contestations, des révoltes, et des insurrections aussi d'une façon que les gens n'avaient pas compris.

Vous savez, pendant la révolution tunisienne, les tireurs associés au régime tuaient les étudiants non armés dans la rue. Les étudiants pouvaient prendre leurs téléphones portables, prendre une photo, trianguler la position, envoyer la photo aux unités militaires alliées, qui arrivaient et descendaient les tireurs. Vous croyez que les médias sociaux servent à draguer en ligne ? Pour ces jeunes, c'est un instrument militaire pour défendre les gens non armés des assassins. C'était un instrument d'autodéfense.

Pendant que nous sommes ici aujourd'hui, on tue des jeunes en Syrie, et jusqu'à il y a trois mois, si vous étiez blessés dans la rue, une ambulance vous ramassait, vous ramenait à l'hôpital, vous rentriez disons avec une jambe cassée, et vous en sortiez avec une balle dans la tête.

Cette génération de jeunes qui ont la vingtaine a créé un système de santé alternatif, où ce qu'ils ont fait c'est utiliser Twitter et les instruments publics de base pour que quand quelqu'un est blessé, une voiture arrive, le ramasse, l'emmène dans une clinique improvisée où vous obtenez un traitement médical au lieu d'être exécuté. C'est une période de gros changements.

Ça ne se fait pas sans problème. Jusqu'à il y a deux ans, toutes les révolutions de l'histoire humaine ont eu un leadership, et quand l'ancien régime est tombé, le leadership et l'organisation prenaient le pouvoir. Ces révolutions wiki sont arrivées tellement vite qu'elles ont créé un vide, et la politique déteste les vides, et les forces peu ragoûtantes peuvent les remplir, typiquement l'ancien régime, ou les extrémistes ou les forces fondamentalistes.Vous voyez que ça se passe maintenant en Egypte.

Mais ça n’a aucune importance, parce qu'on avance. La question a été tranchée. Ce n'est plus un secret. Le mal est fait. Aidez-moi là, ok ? (Rires) Le dentifrice est sorti du tube. Je veux dire, on ne va pas le remettre dedans. Le monde ouvert est en train d'amener prise de pouvoir et liberté.

Je pense, à la fin de ces quatre jours, que vous arriverez à la conclusion que le cours de l'histoire est positif, et se dirige vers l'ouverture.

Si vous revenez une centaine d'années en arrière, les sociétés partout dans le monde étaient très fermées. Elles étaient agraires et les moyens de production et le système politique s'appelait féodalisme, et la connaissance était concentrée dans l'église et la noblesse. Les gens ne savaient rien. Il n'y avait pas d'idée de progrès. Vous naissiez, vous viviez votre vie et vous mourriez.

Ensuite Johannes Gutenberg a sorti cette grande invention (NdT : l'imprimerie) et avec le temps, la société s'est ouverte. Les gens ont commencé à apprendre et en faisant ça, les institutions des sociétés féodales apparurent comme bloquées, ou gelées, ou défaillantes.Ça n'avait aucun sens que l'église soit responsable de la médecine pour des gens qui avaient la connaissance.

D'où nous avons vu la Réforme Protestante. Martin Luther a appelé l'imprimerie « L'acte de grâce le plus élevé de Dieu ». La création d'une corporation, la science, l'université, et finalement la Révolution Industrielle, et tout allait bien.

Mais ça a un coût.

Et maintenant, encore une fois, le génie de la technologie est sorti de la lampe, mais cette fois c'est différent. L'imprimerie nous a donné accès à la parole écrite. Internet donne la possibilité à chaque d'entre nous d'être producteur. L'imprimerie nous a donné accès à la connaissance enregistrée. Internet nous donne accès, non seulement à l'information et à la connaissance, mais à l'intelligence enfermé dans le crâne des autres au niveau global.

De mon point de vue, ce n'est pas l'ère de l'information, c'est l'ère de l'intelligence en réseau. C'est une ère de grandes promesses, une ère de collaboration, où les limites de nos organisations ont changé, de transparence, où la lumière du jour désinfecte la civilisation, une ère de partage et de compréhension le nouveau pouvoir du peuple, et c'est une ère de prise de pouvoir et de liberté.

Ce que j'aimerais faire pour terminer, c'est partager avec vous des recherches que j'ai faites.J'ai essayé d'étudier toutes sortes d'organisations pour comprendre à quoi le futur pourrait ressembler, mais récemment j'ai étudié la nature.

Vous savez, les abeilles volent en essaims et les poissons nagent en bancs. Les étourneaux, dans la zone d'Edimbourg, dans les landes anglaises, volent en « murmures »,et le murmure fait allusion au murmure des ailes des oiseaux, et pendant la journée les étourneaux font leurs trucs d'étourneaux sur un rayon de 32 km. La nuit ils se rassemblentet ils forment une des choses les plus spectaculaires de la nature, et ça s’appelle un "murmure". Les scientifiques qui l'ont étudié ont dit qu'ils n'ont jamais vu d'accidents se produire. Cette chose a une fonction. Ça protège les oiseaux. Vous voyez sur la droite, il y a un prédateur chassé par un pouvoir collectif d'oiseaux, et apparemment c'est effrayant si vous êtes un prédateur d'étourneaux . Et il y a un leadership, mais il n'y a pas un seul leader.

Est-ce une espèce d'analogie fantasque, ou pouvons-nous apprendre quelque chose de cela ? Le murmure sert à enregistrer un certain nombre de principes, et ce sont à peu près les principes que je vous ai expliqués aujourd'hui. C'est une énorme collaboration. C'est une ouverture, un partage de toute sortes d'informations, non seulement sur l'emplacement et sur la trajectoire et sur les dangers et ainsi de suite, mais sur les sources de nourriture. Il y a un vrai sens d'interdépendance : les oiseaux tous seuls comprennent que leurs intérêts sont les intérêts de la collectivité.

Peut-être devrions-nous comprendre que le business ne marche pas dans un monde en faillite.

Je regarde ça, et ça me donne de l'espoir. Pensez aux enfants du Printemps Arabe, et vous voyez que quelque chose est en train de se passer.

Et imaginez, considérez cette idée si vous voulez bien : Et si nous pouvions nous connecter dans ce monde à travers un vaste réseau d'air et de verre ? Pourrions-nous aller plus loin que le simple partage d'informations et connaissance ? Pourrions-nous commencer à partager l'intelligence ? Pourrions-nous créer une sorte d'intelligence collective qui va plus loin que l'individu ou le groupe ou l'équipe pour créer une sorte de conscience à un niveau global ? Si nous pouvons faire ça, nous pouvons nous attaquer aux gros problèmes du monde.

Et je regarde ça, et j'espère qu'un jour, peut-être, ce monde plus petit, ouvert et connectédont nos enfants hériterons puisse être meilleur et que cette nouvelle ère d'intelligence connectée puisse être une ère de promesses réalisées et de danger évité.

Faisons cela. Merci.

(Applaudissements)